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Interactions pharmacocinétiques médicamenteuses

Les interactions pharmacocinétiques médicamenteuses se produisent lorsqu’un médicament modifie l’absorption, la distribution, le métabolisme ou l’élimination d’un autre, entraînant des modifications de la concentration du médicament concerné sur son site d’action. Ces interactions sont prévisibles et dépendantes de la dose, et elles représentent une cause majeure d’effets indésirables, d’échecs thérapeutiques et d’hospitalisations liées au médicament. Comprendre les mécanismes sous-jacents aux interactions pharmacocinétiques permet aux cliniciens de les anticiper, de les prévenir et de les gérer efficacement.

Les interactions d’absorption affectent la vitesse ou l’étendue de l’entrée du médicament dans la circulation systémique. Des complexes de chélation se forment lorsque certains médicaments se lient les uns aux autres dans le tractus gastro-intestinal, empêchant l’absorption de l’un ou des deux agents. Les antibiotiques fluoroquinolone et tétracycline chélatent avec les cations divalents et trivalents présents dans les antiacides, les suppléments de fer et les produits laitiers, réduisant ainsi la biodisponibilité des antibiotiques jusqu’à 90 pour cent. Un échelonnement de l’administration d’au moins deux heures peut atténuer cette interaction. Les effets alimentaires modifient l’absorption des médicaments : les repas riches en graisses augmentent l’absorption des médicaments lipophiles tels que la griséofulvine et l’isotrétinoïne tout en diminuant l’absorption d’autres médicaments comme l’alendronate. L’absorption dépendante du pH se produit lorsque des médicaments qui nécessitent un environnement acide pour se dissoudre, tels que le kétoconazole, sont co-administrés avec des inhibiteurs de la pompe à protons, qui réduisent l’acidité gastrique et nuisent à l’absorption.

Les interactions de distribution impliquent le plus souvent un déplacement de liaison aux protéines. De nombreux médicaments se lient aux protéines plasmatiques, principalement à l’albumine, et seule la fraction non liée est pharmacologiquement active. Lorsque deux médicaments hautement liés aux protéines sont co-administrés, l’un peut déplacer l’autre des sites de liaison aux protéines, augmentant ainsi de manière transitoire la concentration libre du médicament déplacé. Ce mécanisme a été historiquement surestimé ; les interactions cliniquement significatives nécessitent généralement que le médicament déplacé ait un index thérapeutique étroit, un petit volume de distribution et une élimination rapide. L’exemple classique est l’interaction entre la warfarine et la phénylbutazone, où le déplacement de la warfarine de l’albumine augmente précipitamment son effet anticoagulant.

Les interactions métaboliques constituent la catégorie la plus importante sur le plan clinique et impliquent principalement le système enzymatique du cytochrome P450 (CYP). L’induction enzymatique se produit lorsqu’un médicament augmente la production ou l’activité des enzymes CYP, accélérant le métabolisme des médicaments co-administrés et réduisant leur efficacité. La rifampicine est un puissant inducteur du CYP3A4, du CYP2C9 et du CYP2C19 et peut réduire les concentrations plasmatiques des contraceptifs oraux, de la warfarine et de nombreux agents antirétroviraux à des niveaux sous-thérapeutiques. L’inhibition enzymatique se produit lorsqu’un médicament diminue l’activité des enzymes CYP, ralentissant le métabolisme des médicaments co-administrés et augmentant leurs concentrations, potentiellement jusqu’à des niveaux toxiques. L’interaction entre la warfarine et les antifongiques azolés illustre ceci : le fluconazole inhibe le CYP2C9, réduisant la clairance de la warfarine et augmentant considérablement le rapport normalisé international et le risque hémorragique.

Les interactions d’élimination affectent l’excrétion rénale ou biliaire des médicaments. L’inhibition compétitive de la sécrétion tubulaire rénale se produit lorsque deux médicaments utilisent le même système de transport actif dans le tubule proximal. Le probénécide était historiquement utilisé en thérapeutique pour réduire l’élimination de la pénicilline en inhibant les transporteurs d’anions organiques. Le méthotrexate et les AINS entrent en compétition pour la sécrétion tubulaire rénale, et leur co-administration peut entraîner une accumulation de méthotrexate et une toxicité grave. Les altérations du pH urinaire peuvent affecter la réabsorption passive des acides et bases faibles. L’alcalinisation des urines avec du bicarbonate de sodium augmente l’élimination des acides faibles comme les salicylates et le phénobarbital, principe exploité dans la prise en charge des intoxications.

Des exemples cliniques d’interactions pharmacocinétiques significatives incluent l’interaction statine-jus de pamplemousse, dans laquelle le jus de pamplemousse inhibe de manière irréversible le CYP3A4 intestinal, augmentant la biodisponibilité de la simvastatine et de la lovastatine et augmentant le risque de myopathie et de rhabdomyolyse. L’interaction warfarine-azole via l’inhibition du CYP2C9 peut produire des saignements potentiellement mortels. L’interaction contraceptif-rifampine, dans laquelle la rifampicine induit le métabolisme de l’éthinylestradiol médié par le CYP3A4, a conduit à des grossesses non désirées.

Les stratégies de gestion des interactions pharmacocinétiques consistent notamment à éviter l’association lorsque cela est possible, à ajuster les doses en fonction des changements attendus dans les concentrations du médicament, à séparer les temps d’administration pour les interactions d’absorption, à sélectionner des médicaments alternatifs sans potentiel d’interaction et à surveiller plus fréquemment les concentrations du médicament ou les effets cliniques lorsque les associations ne peuvent être évitées.