L’insuffisance rénale réduit la clairance des médicaments qui sont éliminés principalement par les reins, ce qui nécessite des ajustements de dose pour prévenir l’accumulation et la toxicité des médicaments. Le rein est le principal organe d’excrétion de nombreux médicaments et de leurs métabolites, et sa fonction diminue avec l’âge, la maladie et les blessures aiguës. Une évaluation précise de la fonction rénale et une modification appropriée de la dose sont essentielles pour une pharmacothérapie sûre et efficace chez les patients atteints d’insuffisance rénale.
Évaluation de la fonction rénale
La mesure clinique de la fonction rénale la plus couramment utilisée est la clairance de la créatinine (ClCr) ou le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe). L’équation Cockcroft-Gault estime la ClCr en utilisant la créatinine sérique, l’âge, le poids et le sexe : la ClCr est égale à (140 moins l’âge) multipliée par le poids en kilogrammes divisé par (72 multiplié par la créatinine sérique en mg par dL), multiplié par 0,85 pour les femmes. Cette équation a été largement utilisée dans les études pharmacocinétiques et les directives posologiques des médicaments.
L’équation MDRD (Modification of Diet in Renal Disease) et CKD-EPI (Chronic Kidney Disease Epidemiology Collaboration) fournissent des valeurs de DFGe normalisées en fonction de la surface corporelle. Ces équations sont plus précises pour estimer le DFG réel dans les maladies rénales chroniques, mais ne sont pas directement interchangeables avec celles de Cockcroft-Gault pour le dosage des médicaments. Les cliniciens doivent utiliser l’équation spécifiée dans les informations de prescription pour chaque médicament et l’appliquer de manière cohérente.
Méthodes d’ajustement de la dose
Il existe deux approches principales pour ajuster la dose en cas d’insuffisance rénale : réduction de la dose et allongement de l’intervalle. La réduction de dose diminue chaque dose individuelle tout en maintenant l’intervalle posologique habituel, ce qui est approprié lorsque le maintien de concentrations minimales stables est important pour l’effet thérapeutique. L’allongement de l’intervalle allonge le temps entre les doses tout en gardant chaque dose individuelle inchangée, ce qui est plus simple pour les patients et peut améliorer l’observance, mais peut entraîner des fluctuations plus importantes entre les concentrations maximales et minimales.
Certains médicaments nécessitent à la fois une réduction de la dose et un allongement de l’intervalle. Le choix entre les méthodes dépend des propriétés pharmacocinétiques et pharmacodynamiques du médicament. Pour les antibiotiques dont la destruction dépend de la concentration, tels que les aminoglycosides, une administration à intervalles prolongés peut être préférable car elle maximise les concentrations maximales tout en permettant aux concentrations minimales de tomber à des niveaux sûrs. Pour les médicaments dont la destruction dépend du temps, tels que les bêta-lactamines, il est essentiel de maintenir des concentrations supérieures à la concentration minimale inhibitrice pendant une fraction suffisante de l’intervalle de dosage, et une réduction de dose peut être préférée à une prolongation de l’intervalle.
Médicaments nécessitant un ajustement
De nombreux médicaments nécessitent un ajustement posologique en cas d’insuffisance rénale. Les classes couramment impliquées comprennent les antibiotiques tels que les aminosides, la vancomycine et la plupart des bêta-lactamines ; médicaments cardiovasculaires tels que la digoxine, le sotalol et de nombreux inhibiteurs de l’ECA ; analgésiques tels que la morphine et ses métabolites actifs ; et des agents antidiabétiques tels que la metformine et l’insuline. Le degré d’ajustement dépend de la gravité de l’insuffisance rénale, généralement classée comme légère (ClCr de 50 à 80 ml/min), modérée (ClCr de 30 à 49 ml/min), sévère (ClCr de 15 à 29 ml/min) ou terminale (ClCr inférieure à 15 ml/min).
Pour les médicaments dont les métabolites actifs ou toxiques sont éliminés par les reins, une insuffisance rénale peut entraîner une toxicité même si le médicament parent n’est pas principalement éliminé par les reins. Par exemple, le morphine-6-glucuronide, un métabolite actif de la morphine, s’accumule en cas d’insuffisance rénale et peut provoquer des effets opioïdes prolongés et une dépression respiratoire. Le métabolite de la mépéridine, la normépéridine, est neurotoxique et s’accumule en cas d’insuffisance rénale.
Considérations sur la dialyse
Les patients recevant dialysés présentent des complexités de dosage supplémentaires. L’hémodialyse élimine les médicaments du sang à des taux qui dépendent du poids moléculaire du médicament, de sa liaison aux protéines, de son volume de distribution et des caractéristiques du dialyseur. Les médicaments petits, solubles dans l’eau et faiblement liés aux protéines sont éliminés de manière significative par l’hémodialyse et peuvent nécessiter des doses supplémentaires après les séances de dialyse. La dialyse péritonéale élimine les médicaments moins efficacement que l’hémodialyse, mais contribue néanmoins à l’élimination de certains agents.
Surveillance et pratique clinique
La surveillance thérapeutique médicamenteuse est particulièrement utile chez les patients présentant une insuffisance rénale. La mesure des concentrations de médicament permet de confirmer que la dose ajustée atteint les niveaux cibles et fournit des indications pour d’autres modifications de dose. Une surveillance étroite de la réponse clinique et des effets indésirables est essentielle car les modifications pharmacocinétiques de l’insuffisance rénale s’accompagnent souvent de modifications pharmacodynamiques qui modifient la relation entre la concentration et l’effet du médicament.
Le principe fondamental du dosage en cas d’insuffisance rénale est d’adapter le taux d’administration du médicament au taux réduit d’élimination, empêchant ainsi l’accumulation tout en maintenant l’efficacité thérapeutique.