L’Agence européenne des médicaments a recommandé le retrait de l’autorisation de mise sur le marché de Tavneos (avacopan), concluant que les bénéfices du médicament ne l’emportent plus sur ses risques après qu’un examen a jugé les données de l’essai clinique pivot comme non fiables.
Tavneos est utilisé pour traiter les adultes atteints de granulomatose avec polyangéite (GPA) ou de polyangéite microscopique (MPA) sévère et active, deux vascularites associées aux ANCA qui provoquent une inflammation des petits vaisseaux sanguins. Il a été approuvé dans l’UE dans le cadre d’une polythérapie associant rituximab ou cyclophosphamide.
L’examen a été déclenché par de nouvelles informations remettant en cause l’intégrité de l’étude Advocate, un essai de 331 patients comparant un traitement de 52 semaines par Tavneos à un traitement de 20 semaines par corticostéroïdes à haute dose, tous deux ajoutés au traitement standard. Au moment de l’évaluation initiale, les données montraient que Tavneos était au moins aussi efficace que les corticostéroïdes pour induire une rémission et présentait des taux de rémission à 52 semaines plus élevés.
Après avoir examiné l’ensemble des données disponibles, le CHMP a conclu que l’étude Advocate avait été menée en violation des principes de bonnes pratiques cliniques (BPC). Les données de l’étude fournies lors de l’évaluation de la demande d’autorisation de mise sur le marché se sont révélées incorrectes et trompeuses et ne peuvent plus être utilisées pour démontrer l’efficacité. Les données post-commercialisation de soutien et les analyses post-hoc n’ont pas été considérées comme suffisantes pour combler cette lacune.
Cette décision est particulièrement lourde de conséquences car Tavneos présente des risques connus de lésion hépatique d’origine médicamenteuse (DILI) et de syndrome de disparition des voies biliaires (VBDS), une maladie rare où les petits canaux biliaires du foie sont progressivement détruits. Des cas d’issue fatale ont été signalés. Sans preuve fiable de bénéfice, ces risques deviennent inacceptables.
Si la Commission européenne confirme la recommandation, Tavneos ne sera plus autorisé dans l’UE. En attendant, aucun nouveau patient ne doit commencer le traitement. Les patients actuellement traités doivent passer à des alternatives appropriées, et la fonction hépatique doit être étroitement surveillée jusqu’à l’arrêt définitif du traitement, au moins toutes les deux semaines pour les patients dans leurs trois premiers mois de traitement, et toutes les quatre semaines pour ceux traités plus longtemps, jusqu’à six mois. En cas de suspicion de VBDS, Tavneos doit être immédiatement interrompu.
Ce retrait constitue un rare retrait post-commercialisation motivé non pas par un nouveau signal de sécurité seul, mais par l’érosion même de la base de preuves d’efficacité, une constatation qui frappe au cœur même de l’approbation initiale du médicament.
Source : Actualités de l’EMA