Le dépistage des anticorps (test indirect à l’antiglobuline, IAT) et le crossmatching sont des procédures essentielles de compatibilité pré-transfusionnelle. Ces tests détectent dans le plasma des patients des anticorps cliniquement significatifs susceptibles de provoquer des réactions transfusionnelles hémolytiques ou une maladie hémolytique du fœtus et du nouveau-né.
Le test indirect à l’antiglobuline (IAT)
L’IAT détecte des anticorps inattendus contre les globules rouges dans le plasma du patient. Le plasma du patient est incubé avec des globules rouges de dépistage de réactifs de phénotypes d’antigènes connus (généralement deux ou trois ensembles de cellules couvrant des antigènes cliniquement significatifs, notamment D, C, c, E, e, K, k, Fyᵃ, Fyᵇ, Jkᵃ, Jkᵇ, Leᵃ, Leᵇ, M, N, S, s, P1). Après incubation à 37°C pour permettre la liaison des anticorps, les cellules sont lavées pour éliminer les immunoglobulines non liées. De l’anti-globuline humaine (AHG, réactif de Coombs) est ajoutée, qui relie les anticorps IgG liés aux cellules, provoquant une agglutination si des anticorps sont présents. L’IAT peut être réalisée par des méthodes en tube, en colonne de gel (microcolonne) ou en phase solide, le gel et la phase solide offrant une standardisation et une sensibilité améliorées.
Identification des anticorps
Lorsque le dépistage des anticorps est positif, l’identification est réalisée en testant le plasma du patient par rapport à un panel de 11 à 16 globules rouges phénotypés. Le profil de réactivité est analysé pour déterminer la spécificité de l’anticorps. Plusieurs anticorps peuvent être présents simultanément, nécessitant une exclusion minutieuse. Les caractéristiques des anticorps courants cliniquement significatifs comprennent : anti-K (IgG, forte réponse anamnestique), anti-Fyᵃ (IgG, effet du dosage), anti-Jkᵃ (IgG, difficile à détecter, associé à des réactions hémolytiques retardées), anti-M (souvent IgM, réactif au froid, généralement cliniquement insignifiant à 37 °C) et anti-E (IgG, couramment rencontré). Les titres d’anticorps sont mesurés pour les anticorps cliniquement significatifs pendant la grossesse afin d’évaluer le risque HDFN.
Le match croisé
La compatibilité croisée est la vérification finale de la compatibilité entre les globules rouges du donneur et le receveur prévu. Trois méthodes existent. Le crossmatch de spin immédiat détecte l’incompatibilité ABO en mélangeant le plasma du receveur avec les globules rouges du donneur à température ambiante et en vérifiant l’agglutination. Le crossmatch d’antiglobuline (AHG crossmatch) est le plasma de receveur en incubation le plus sensible avec des globules rouges du donneur à 37°C, suivi par l’AHG, détectant les anticorps dirigés contre tous les antigènes cliniquement significatifs. Le crossmatch informatique (électronique) est utilisé lorsque le patient présente un dépistage d’anticorps négatif et aucun antécédent d’anticorps cliniquement significatifs, en s’appuyant sur la vérification informatique de la compatibilité ABO entre l’unité donneuse et le type de receveur.
Anticorps cliniquement significatifs
Les anticorps sont classés comme cliniquement significatifs s’ils peuvent provoquer des réactions transfusionnelles hémolytiques, des HDFN ou une réduction de la survie des globules rouges. Les plus significatifs sont ceux contre ABO (IgM, hémolyse intravasculaire), Rh (D, C, c, E, e — IgG, hémolyse extravasculaire), Kell (K, k — IgG, fortement immunogène), Duffy (Fyᵃ, Fyᵇ — IgG, associés à des réactions retardées), Kidd (Jkᵃ, Jkᵇ — IgG, impliqués dans les réactions hémolytiques retardées, sujettes aux tombant à des niveaux indétectables) et MNS (S, s — IgG). Les anticorps cliniquement insignifiants (généralement IgM, réactifs au froid, non réactifs à 37 °C) comprennent les anti-Leᵃ, les anti-Leᵇ, les anti-I, les anti-P1 et la plupart des anti-M. La distinction nécessite des tests d’amplitude thermique et un typage antigénique.
Considérations particulières
Les patients dont le dépistage d’anticorps est positif ont besoin d’unités de globules rouges antigènes négatives pour la transfusion. La banque de sang doit tenir un inventaire d’unités de donneurs phénotypées pour les patients alloimmunisés. Les patients atteints d’anémie hémolytique auto-immune chaude (AIHA) posent des défis particuliers car l’autoanticorps provoque une pan-réactivité dans l’IAT et le crossmatch. Les techniques permettant de résoudre les interférences des autoanticorps comprennent les tests d’autocontrôle, l’adsorption à froid et l’alloadsorption pour détecter les alloanticorps sous-jacents. Les patientes ayant des antécédents de transfusion récente ou de grossesse dans les 3 mois peuvent avoir un dépistage d’anticorps négatif mais restent exposées à un risque de réactions hémolytiques retardées en raison de faibles niveaux d’alloanticorps inférieurs au seuil de détection.
Contrôle qualité et documentation
Toutes les procédures de dépistage et de compatibilité croisée des anticorps nécessitent un contrôle qualité quotidien : vérification de l’intégrité des réactifs (AHG, cellules de dépistage, milieux d’amélioration), contrôles positifs et négatifs et documentation de tous les résultats. L’historique du patient doit être vérifié pour les anticorps antérieurs. Une enquête sur une réaction transfusionnelle nécessite un dépistage des anticorps post-transfusionnels, un test direct à l’antiglobuline et une répétition de la compatibilité croisée avec l’unité transfusée.