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Titrage Potentiométrique

May 19, 2026

Le titrage potentiométrique est une technique électroanalytique qui détermine le point final d’un titrage en mesurant la différence de potentiel entre deux électrodes immergées dans la solution d’analyte. Contrairement aux méthodes à indicateurs visuels, la détection potentiométrique n’est pas affectée par la couleur, la turbidité ou la présence de solides en suspension dans l’échantillon, ce qui la rend idéale pour les matrices difficiles. Le potentiel est mesuré dans des conditions de courant quasi nul, garantissant que la mesure ne perturbe pas l’équilibre chimique de la réaction de titrage.

La relation fondamentale régissant le potentiel d’électrode est l’équation de Nernst. Pour une demi-réaction de réduction Ox + ne⁻ ⇌ Red, le potentiel est donné par E = E° - (RT/nF)lnQ, où est le potentiel standard d’électrode, R est la constante des gaz parfaits (8,314 J·mol⁻¹·K⁻¹), T est la température absolue, n est le nombre d’électrons transférés, F est la constante de Faraday (96485 C·mol⁻¹) et Q est le quotient réactionnel. À 25 °C, l’équation se simplifie en E = E° - (0,05916/n)logQ. Cette relation logarithmique produit la courbe de titrage caractéristique en forme de S observée dans les titrages potentiométriques.

Le montage de mesure comprend une électrode indicatrice dont le potentiel répond à la concentration de l’analyte et une électrode de référence qui maintient un potentiel constant. Pour les titrages acide-base, l’électrode de verre (une électrode à membrane sensible au pH) sert d’indicatrice. Pour les titrages redox, des électrodes métalliques inertes telles que le platine ou l’or sont utilisées. Les électrodes de référence courantes incluent l’électrode au calomel (Hg₂Cl₂/Hg) et l’électrode argent-chlorure d’argent (Ag/AgCl/KCl). Les deux électrodes sont reliées par un pont salin ou combinées en une seule électrode combinée pour plus de commodité.

Les courbes de titrage potentiométrique représentent le potentiel mesuré (mV) en fonction du volume de titrant (mL). La courbe est en forme de S, le point d’inflexion correspondant au point d’équivalence. Le point final est identifié avec le plus de précision par la méthode de la dérivée première (ΔE/ΔV en fonction de V), où le maximum du pic indique le point final. Pour une plus grande précision, la dérivée seconde (Δ²E/ΔV²) croise zéro au point final. Ces méthodes numériques sont facilement implémentées par les logiciels de titrage modernes et éliminent l’interprétation subjective.

Le graphique de Gran est une méthode graphique alternative pour la détermination du point final dans les titrages potentiométriques, particulièrement utile pour les titrages d’acides faibles par des bases fortes et pour la détermination des constantes d’équilibre. Un graphique de Gran linéarise les données avant et après le point d’équivalence en traçant V × 10^(±pH) en fonction du volume de titrant V. L’intersection des deux segments linéaires donne le volume au point d’équivalence avec une grande précision. Les graphiques de Gran sont particulièrement précieux lorsque la courbe de titrage est asymétrique ou lorsque le point final est mal défini en raison de la dilution de l’échantillon.

Le titrage potentiométrique trouve de nombreuses applications en chimie analytique. Dans les titrages acide-base, il fournit une détermination précise des acides et des bases faibles pour lesquels les indicateurs visuels donnent des points finaux indistincts. Les titrages redox d’espèces telles que Fe²⁺/Ce⁴⁺, I₂/S₂O₃²⁻ et MnO₄⁻/Fe²⁺ sont couramment suivis par potentiométrie. Les titrages par précipitation, y compris le dosage des halogénures avec AgNO₃, bénéficient des électrodes sélectives aux ions argent. La méthode est également employée dans l’industrie pharmaceutique pour le dosage des principes actifs, dans l’analyse environnementale pour mesurer l’acidité et l’alcalinité, et dans le contrôle qualité des procédés industriels.